Touba Terminal : le Sénégal prépare un nouveau hub logistique au cœur du pays

Un terminal à conteneurs de 100 000 EVP par an, extensible à 200 000, doit voir le jour à Touba dans le cadre d’un projet global de 110 milliards de FCFA. Derrière cette annonce, l’enjeu dépasse largement la construction d’une nouvelle plateforme logistique : il s’agit de rapprocher le dédouanement et la distribution des marchandises des grands bassins de consommation de l’intérieur du Sénégal.

Publié le 7 septembre 2026  

Le 12 août 2026 à Dakar, la Direction générale des Douanes, le Conseil sénégalais des Chargeurs (COSEC) et Focus Investment Group (FIG) ont signé un protocole d’accord portant sur la création, l’aménagement, l’opérationnalisation et l’exploitation d’un terminal à conteneurs de destination à Touba. Le démarrage des premiers travaux est annoncé pour le premier semestre 2027.

Pour les importateurs, exportateurs, transporteurs et logisticiens, le projet pourrait modifier progressivement la manière dont les marchandises circulent entre le port, les zones de consommation et les marchés de l’intérieur du pays.

Source : Le Quotidien

100 000 EVP par an dès la première phase

Le futur terminal sera implanté sur environ 40 hectares. Sa capacité initiale est annoncée à 100 000 EVP par an, avec une possibilité d’extension à 200 000 EVP. Un EVP, ou équivalent vingt pieds, correspond à l’unité de référence utilisée pour mesurer les volumes de conteneurs.

Il ne s’agit toutefois pas de créer un « nouveau port » à Touba. Le projet est celui d’un terminal à conteneurs de destination : les marchandises arrivent par voie maritime au Sénégal avant d’être acheminées vers cette plateforme intérieure, où elles pourront être réceptionnées, stockées, contrôlées et dédouanées au plus près de leur destination finale.
C’est précisément cette logique qui constitue l’un des principaux intérêts économiques du projet.

Pourquoi déplacer une partie de la logistique vers l’intérieur ?

Aujourd’hui, une grande partie des marchandises importées passe par les infrastructures portuaires et logistiques de Dakar avant de poursuivre sa route vers les autres régions du pays.

Les volumes traités par le Port autonome de Dakar restent considérables. En 2024, le port a enregistré environ 24 millions de tonnes de trafic. Le nombre de conteneurs traités a atteint 881 289, contre 848 276 en 2023, soit une progression de 4 %. Le nombre d’escales de navires a, lui aussi, dépassé 3 000 en 2024.

Dans ce contexte, l’idée de Touba Terminal est de déplacer une partie des opérations logistiques vers l’intérieur du territoire.

Pour une marchandise destinée à Touba, Diourbel, au centre du pays ou à certaines destinations plus éloignées, le fait de pouvoir effectuer des opérations de stockage et de dédouanement plus près du marché final pourrait permettre de limiter certaines ruptures de charge, de réduire certains déplacements et de fluidifier le dernier segment du transport.

Le projet est ainsi présenté comme un outil destiné à fluidifier le dédouanement, réduire les délais et les ruptures de charge, améliorer la traçabilité des marchandises et renforcer la compétitivité des corridors vers les marchés de la sous-région.

Un terminal pensé pour les importateurs et les transporteurs

Le futur site ne se limitera pas au stockage de conteneurs.

Les informations communiquées sur le projet prévoient notamment des entrepôts sous douane, des silos destinés au stockage du vrac et une gare de gros porteurs pouvant accueillir jusqu’à 200 camions par jour.

Cette combinaison est importante pour les entreprises.

Un importateur pourra potentiellement disposer d’un point de réception et de stockage plus proche de son marché. Un transporteur pourra organiser ses opérations autour d’une plateforme intérieure. Les entreprises de distribution pourront, elles aussi, bénéficier d’un point de stockage situé à proximité de zones de consommation importantes.

Pour les opérateurs économiques, le véritable enjeu sera donc moins la présence physique de conteneurs à Touba que la capacité du terminal à simplifier l’ensemble de la chaîne : transport, stockage, dédouanement, distribution et acheminement final.

110 milliards de FCFA pour un projet beaucoup plus large

Le terminal à conteneurs constitue en réalité une composante d’un programme plus vaste baptisé Touba Terminal.

Le projet global doit s’étendre sur près de 350 hectares et bénéficie du statut de zone économique spéciale. Il prévoit notamment une zone industrielle et logistique d’environ 200 hectares, une Bourse agricole ainsi qu’une centrale solaire annoncée à 50 MW.

L’investissement annoncé pour l’ensemble du programme atteint 110 milliards de FCFA.
Selon les projections communiquées autour du projet, Touba Terminal ambitionne de générer à terme plus de 300 milliards de FCFA de flux commerciaux annuels et de contribuer à plus de 70 000 bénéficiaires directs et indirects sur sept ans. Ces chiffres correspondent à des objectifs annoncés et ne doivent donc pas être interprétés comme des retombées déjà réalisées.

Touba, un emplacement stratégique

Le choix de Touba n’est pas anodin.

La ville occupe une position stratégique sur l’axe reliant Dakar au centre du Sénégal. Elle bénéficie notamment de la proximité de l’autoroute Ila Touba, qui renforce la connexion routière entre la capitale et Touba.

Cette localisation donne au futur terminal un potentiel intéressant pour desservir non seulement Touba, mais également une partie des régions du centre et, plus largement, les marchés situés à l’intérieur du pays.

Le projet affiche également une ambition sous-régionale. Ses promoteurs le présentent comme une plateforme pouvant contribuer aux échanges avec les marchés de l’Afrique de l’Ouest et à l’intégration des chaînes de valeur régionales.

Mais cette ambition dépendra directement de la compétitivité réelle du corridor : coût du transport routier, qualité des infrastructures, délais douaniers, fiabilité des opérations, disponibilité des services logistiques et capacité à attirer les chargeurs.

Un complément plutôt qu’un concurrent du port de Dakar

Il serait donc trop simpliste de présenter Touba Terminal comme un concurrent du Port autonome de Dakar.

Le fonctionnement envisagé est plutôt complémentaire.

Le port reste la porte d’entrée maritime des marchandises. Le terminal intérieur permettrait ensuite de déplacer certaines opérations vers les zones de consommation.

Cette logique existe déjà dans de nombreux systèmes logistiques internationaux : les ports concentrent les opérations maritimes tandis que des plateformes intérieures, ports secs ou terminaux de destination prennent en charge une partie du stockage, du dédouanement et de la distribution.

Pour le Sénégal, l’enjeu est particulièrement important alors que le pays cherche à renforcer son rôle de plateforme commerciale régionale.

Le Port autonome de Dakar a traité environ 24 millions de tonnes de marchandises en 2024 et plus de 881 000 conteneurs. Parallèlement, le Sénégal poursuit le développement du projet portuaire de Ndayane, destiné à renforcer ses capacités portuaires à long terme.
Le véritable défi sera donc de construire un réseau logistique cohérent reliant ports, plateformes intérieures, routes, zones industrielles et marchés.

Ce que Touba Terminal pourrait changer pour les entreprises

Pour les entreprises sénégalaises, l’intérêt potentiel du projet peut se résumer en plusieurs points.

D’abord, la proximité. Une plateforme située au cœur du pays peut rapprocher les marchandises des entreprises et des consommateurs.

Ensuite, le temps. Si les procédures douanières et logistiques peuvent effectivement être réalisées plus près de la destination finale, certains délais de transit pourraient être réduits.
Troisième enjeu : les coûts. Moins de ruptures de charge et une meilleure organisation du transport peuvent, en théorie, contribuer à réduire certains coûts logistiques. Mais il faudra attendre les conditions tarifaires et le fonctionnement réel du terminal pour mesurer cet impact.

Enfin, la territorialisation de l’activité économique. En concentrant sur un même site des fonctions logistiques, industrielles, commerciales et agricoles, Touba Terminal pourrait favoriser l’installation de nouvelles entreprises autour de la plateforme.

C’est là que le projet devient particulièrement intéressant pour les exportateurs.
Une plateforme logistique intérieure peut servir non seulement aux marchandises importées, mais aussi à la collecte, au stockage et à la préparation de productions locales destinées aux marchés nationaux ou internationaux.

Le potentiel pour les exportations sénégalaises

Le projet ne doit donc pas être pensé uniquement comme une infrastructure destinée aux importations.

La présence annoncée d’une Bourse agricole et d’une zone industrielle et logistique ouvre la possibilité de structurer davantage les flux de produits agricoles et industriels issus de l’intérieur du pays. La zone industrielle et logistique doit notamment accueillir des infrastructures de production ainsi que des plateformes de stockage et de distribution.

Pour un producteur ou un industriel, disposer d’une infrastructure de stockage et de distribution à proximité des zones de production pourrait faciliter la consolidation des marchandises avant leur acheminement vers Dakar ou vers les marchés régionaux.
Le potentiel est particulièrement intéressant pour les entreprises qui cherchent à mieux organiser leurs flux et à réduire certains coûts de transport.

Mais là encore, la réussite dépendra de la capacité du projet à proposer des services réellement compétitifs et adaptés aux besoins des chargeurs.

2027 : le début d’une nouvelle étape

Les premiers travaux sont annoncés pour le premier semestre 2027. Pour l’instant, Touba Terminal reste donc un projet en phase de mise en œuvre et non une infrastructure opérationnelle.

Cette distinction est essentielle.

La signature du protocole d’accord constitue une étape importante, mais elle ne signifie pas que les 100 000 EVP de capacité sont déjà disponibles ni que les 110 milliards de FCFA d’investissement ont déjà produit leurs effets économiques.

Les prochaines étapes seront donc déterminantes : financement, construction, équipements, organisation douanière, connexion aux réseaux de transport, modèle d’exploitation et surtout adhésion des opérateurs économiques.

Si ces conditions sont réunies, Touba pourrait progressivement devenir davantage qu’un grand centre urbain et commercial du Sénégal : un véritable point de convergence entre production, importation, stockage, distribution et commerce régional.

Le pari de Touba Terminal est finalement assez clair : rapprocher la logistique des marchés plutôt que de concentrer toutes les opérations à Dakar.

Pour le Sénégal, qui cherche à renforcer ses échanges avec l’hinterland et à améliorer la compétitivité de ses entreprises, cette évolution pourrait compter autant que les infrastructures portuaires elles-mêmes.

À retenir

Touba Terminal ne constitue pas simplement un nouveau site de stockage de conteneurs. Le projet ambitionne de créer une plateforme intégrée capable de rapprocher le dédouanement, la logistique et la distribution des bassins de consommation de l’intérieur du Sénégal.

Pour les importateurs, exportateurs, transporteurs, industriels et distributeurs, l’enjeu sera de voir si cette nouvelle infrastructure parvient effectivement à réduire les délais et les coûts et à rendre les corridors intérieurs plus compétitifs.

Le projet est ambitieux. Sa véritable réussite se mesurera toutefois sur le terrain, lorsque les premières marchandises y seront effectivement traitées.

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