Adapter la rizière à l’élevage de poissons
Une rizière classique ne peut pas toujours accueillir des poissons dans de bonnes conditions. Certains aménagements sont nécessaires pour leur permettre de survivre et de grandir tout au long du cycle de production.
Renforcer les digues : les levées de terre doivent être suffisamment solides et étanches pour maintenir l’eau dans la parcelle. Des systèmes permettant de contrôler les entrées et sorties d’eau sont également nécessaires afin d’éviter la fuite des poissons.
Créer des zones refuges : des fossés, canaux ou zones plus profondes peuvent être aménagés dans ou autour de la rizière. Ils permettent aux poissons de se réfugier lorsque le niveau d’eau baisse ou lorsque la parcelle doit temporairement être vidangée. Ils facilitent également la récupération des poissons au moment de la récolte.
Prévoir une protection contre les fortes chaleurs : dans les régions où les températures sont élevées, une zone profonde et ombragée peut offrir un refuge aux poissons. La FAO rapporte notamment l’utilisation de fosses ou de refuges protégés lorsque la température de l’eau devient trop importante.
L’aménagement doit toutefois être adapté à chaque exploitation : créer trop de fossés ou de bassins peut réduire la superficie réellement consacrée au riz.
Quand le riz et les poissons travaillent ensemble
L’intérêt de la rizipisciculture repose sur les interactions entre les deux productions.
Les poissons peuvent consommer certains insectes, larves et organismes présents dans la rizière, ainsi que certaines adventices. Leurs déjections et les restes d’aliments, lorsqu’une alimentation complémentaire est utilisée, contribuent également au recyclage des nutriments dans le système.
De son côté, le riz fournit aux poissons un environnement aquatique et contribue à créer de l’ombre. La rizière constitue également un milieu riche en organismes naturels dont certains peuvent servir de nourriture aux poissons.
Dans certaines conditions, cette complémentarité peut contribuer à améliorer le rendement du riz et à réduire certains besoins en intrants. La FAO rapporte par exemple des augmentations moyennes du rendement du riz de l’ordre de 10 % dans certaines expériences, tout en soulignant que les résultats varient fortement d’une exploitation à l’autre.
Une production supplémentaire sans changer de parcelle
Le principal intérêt économique est simple : le producteur ne dépend plus uniquement de la récolte de riz.
À la production de riz peut s’ajouter une production de poissons destinée à la consommation familiale ou à la vente. Selon le système utilisé, les poissons peuvent être élevés simultanément avec le riz ou selon un système alterné.
Cette diversification permet notamment de :
- créer une source de revenus supplémentaire ;
- produire une source de protéines pour la consommation locale ;
- mieux valoriser une parcelle déjà équipée pour la riziculture ;
- diversifier les risques liés à une seule production ;
- valoriser une partie des ressources naturelles déjà présentes dans la rizière.
Dans une expérimentation menée par la FAO au Nigeria, l’association riz-poisson a permis, sur les sites pilotes étudiés, d’augmenter le rendement du riz de 5 % et le revenu des agriculteurs jusqu’à 48 % par rapport à la riziculture seule. Ces chiffres correspondent toutefois à ces conditions expérimentales et ne constituent pas une garantie applicable à toutes les exploitations.
Le choix du poisson et la gestion de l’eau sont essentiels
Toutes les espèces de poissons ne sont pas adaptées à une rizière.
La carpe commune, par exemple, est utilisée dans certains systèmes riz-poisson car elle supporte relativement bien les conditions rencontrées dans les rizières. Le tilapia fait également partie des espèces utilisées dans différents systèmes intégrés. Le choix doit dépendre notamment de la température, de la profondeur et de la qualité de l’eau, de la durée du cycle du riz et des débouchés disponibles.
La maîtrise de l’eau est tout aussi importante. Une quantité d’eau suffisante doit être disponible pendant le cycle, tandis que les entrées et sorties doivent être contrôlées pour éviter la fuite des poissons.
La gestion des produits phytosanitaires constitue également un point crucial. Certains pesticides utilisés en riziculture peuvent être toxiques pour les poissons. Un système riz-poisson doit donc être conçu avec une stratégie de protection des cultures compatible avec l’élevage piscicole.
Une récolte de riz… et une récolte de poisson
Lorsque le cycle arrive à son terme, la gestion de l’eau permet de concentrer les poissons dans les fossés ou les zones refuges afin de faciliter leur récupération. La récolte du poisson peut ainsi être organisée en parallèle de la récolte du riz.
Selon le système choisi, une partie des poissons peut être vendue tandis qu’une autre est conservée pour la consommation familiale.
L’intérêt est donc de transformer une seule parcelle en système de production diversifié, plutôt que de dépendre exclusivement d’une seule récolte.
Une piste intéressante pour l’agriculture sénégalaise
Pour les producteurs sénégalais, la rizipisciculture peut représenter une piste intéressante pour diversifier les revenus agricoles et renforcer la production alimentaire locale.
Elle ne convient cependant pas automatiquement à toutes les rizières. Avant de se lancer, il faut notamment étudier la disponibilité et la maîtrise de l’eau, les caractéristiques du sol, la variété de riz utilisée, les espèces de poissons adaptées, les coûts d’aménagement, l’accès aux alevins et les débouchés commerciaux.
Le système demande également une bonne coordination entre les pratiques rizicoles et piscicoles. Une mauvaise gestion de l’eau, l’utilisation de produits incompatibles avec les poissons ou un mauvais choix d’espèce peuvent compromettre les deux productions.
La rizipisciculture ne garantit donc pas un doublement des revenus. Elle offre quelque chose de plus concret : la possibilité de créer une production supplémentaire sur une exploitation rizicole existante, tout en valorisant les interactions naturelles entre le riz, l’eau, les poissons et les organismes présents dans la rizière.
Pour les exploitations disposant des conditions nécessaires, cette approche peut ainsi constituer une piste à étudier pour produire davantage, diversifier les revenus et contribuer à l’autosuffisance alimentaire.
À retenir : une même parcelle peut produire du riz et du poisson, mais la réussite repose avant tout sur un bon aménagement, une bonne maîtrise de l’eau et une gestion adaptée aux conditions locales.


