Une utilisation en nette progression
Au Sénégal, plusieurs estimations indiquent que plusieurs centaines de tonnes de pesticides solides et plus d’un million de litres de produits liquides sont utilisés chaque année, en particulier dans le maraîchage.
Par ailleurs, selon des données relayées dans la presse nationale, entre 500 et 700 tonnes de pesticides sont subventionnées chaque année, ce qui témoigne de leur rôle central dans les politiques agricoles.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest, où les importations de pesticides ont fortement augmenté ces dernières années, sous l’effet de la pression pour accroître la productivité agricole et de la disponibilité de produits à bas coût.
Des produits largement utilisés, parfois mal maîtrisés
Les pesticides utilisés au Sénégal sont majoritairement des insecticides, qui représenteraient une part importante des produits employés selon différentes études.
Le principal enjeu ne réside pas uniquement dans leur utilisation, mais dans leurs conditions d’usage souvent insuffisamment encadrées :
- utilisation sans équipements de protection adaptés
- dosage approximatif
- stockage non sécurisé
- circulation de produits non homologués
Ces pratiques peuvent entraîner des conséquences importantes :
- intoxications aiguës chez les agriculteurs
- exposition chronique à des substances potentiellement nocives
- contamination des sols, de l’eau et des cultures
Un impact qui dépasse le monde agricole
L’exposition aux pesticides ne concerne pas uniquement les professionnels agricoles.
Elle peut également toucher :
- les populations vivant à proximité des zones traitées
- les consommateurs, via les résidus présents dans les aliments
- les écosystèmes, notamment à travers la diminution de certains pollinisateurs comme les abeilles
Plusieurs organisations et études évoquent ainsi une pression croissante sur les écosystèmes et la santé publique, même si les données précises restent encore limitées au niveau national.
Un cadre réglementaire existant mais perfectible
Au Sénégal, la mise sur le marché des pesticides est encadrée à l’échelle régionale par le Comité sahélien des pesticides (CSP) et le Comité ouest-africain d’homologation des pesticides (COAHP).
Avant leur commercialisation, les produits doivent obtenir une autorisation provisoire de vente (APV), généralement valable trois ans.
Selon des données disponibles, plus d’une centaine de produits étaient homologués ou en cours d’autorisation au début des années 2020.
Cependant, plusieurs défis persistent :
- contrôle difficile des circuits informels
- circulation transfrontalière de produits non conformes
- manque de suivi sur le terrain
- dérogations ponctuelles pour certains importateurs
Ces limites rendent l’application des réglementations encore inégale.
Des alternatives en développement
Face à ces enjeux, des solutions alternatives commencent à émerger.
On observe notamment :
- le développement de biopesticides à base de neem, d’ail ou de piment
- l’introduction progressive de solutions biologiques dans certaines exploitations
- une sensibilisation croissante à l’agroécologie
Ces alternatives restent encore peu généralisées, en raison :
- du manque de formation
- de leur accessibilité limitée
- de leur efficacité perçue comme variable selon les contextes
Un enjeu stratégique pour l’avenir
Le Sénégal fait aujourd’hui face à un équilibre délicat.
D’un côté, les pesticides contribuent à sécuriser la production agricole et à répondre à la demande alimentaire.
De l’autre, leur usage pose des questions durables en matière de santé publique, de qualité des produits et de préservation des ressources naturelles.
L’enjeu n’est donc pas leur suppression immédiate, mais une meilleure maîtrise de leur utilisation et une transition progressive vers des pratiques plus durables.
Ce qu’il faut retenir
L’usage des pesticides au Sénégal est aujourd’hui répandu et structurant pour l’agriculture, mais il reste encadré de manière encore incomplète.
Dans un contexte de croissance démographique et de pression sur les ressources, la question de leur utilisation s’inscrit désormais dans une réflexion plus large : produire davantage, tout en limitant les impacts sur la santé et l’environnement.


