Analyse économique à partir des données ANSD et études nationales

Si l’on devait identifier aujourd’hui l’un des leviers économiques encore sous-mobilisés au Sénégal, il ne serait ni minier, ni pétrolier, ni technologique.

Il serait humain. Et féminin.

Car derrière l’économie officielle, une autre économie fonctionne déjà — massive, productive, quotidienne — largement portée par des femmes.

Et cette économie pourrait devenir l’un des moteurs majeurs de diversification des exportations sénégalaises.

Publié le 8 mars 2026  

Une réalité économique chiffrée

Contrairement à une idée encore répandue, l’entrepreneuriat féminin n’est pas marginal au Sénégal.

Dans le secteur formel, les entreprises dirigées par des femmes contribuent à plus de 1 000 milliards FCFA de valeur ajoutée, soit environ 24,5 % de la richesse créée dans ce secteur.

Dans le secteur informel non agricole, leur poids est encore plus spectaculaire :

les unités économiques détenues par des femmes représentent 61,9 % des structures
et génèrent environ 1 222 milliards FCFA de valeur ajoutée, soit 45,3 % de la richesse totale du secteur informel non agricole.

Autrement dit, dans l’économie réelle quotidienne du pays, les femmes ne sont pas périphériques. Elles sont centrales.

Là où se concentre la production féminine

La richesse créée par les entreprises féminines informelles provient très majoritairement de deux secteurs :

  • le commerce → près de 49 % de la valeur ajoutée
  • la fabrication de produits agroalimentaires → environ 23,9 %

À eux seuls, ces deux domaines représentent plus de 84 % de la richesse générée par l’entrepreneuriat féminin informel.

Ces activités constituent également une base importante pour la transformation locale, un segment stratégique dans la politique de diversification économique.

Dans l’agriculture et la pêche : un rôle structurel

Dans les activités agricoles, les femmes détiennent environ 15,7 % des parcelles agricoles informelles, avec une présence beaucoup plus forte dans certaines cultures.

Dans la production fruitière par exemple, elles peuvent détenir plus de 55 % des parcelles.

Dans la pêche artisanale, environ 27 % des pirogues appartiennent à des femmes.

Et dans la pêche informelle, les activités féminines ont généré à elles seules plus de 31 milliards FCFA de valeur ajoutée, dont près de 79 % provenant de la production de poisson.

Ces chiffres confirment que les femmes ne participent pas seulement à l’économie rurale : elles structurent déjà plusieurs filières productives essentielles.

Une structure d’export encore concentrée

En parallèle, les exportations sénégalaises restent fortement concentrées.

En 2023, elles dépassaient 3 200 milliards FCFA.

Elles sont dominées principalement par :

  • produits pétroliers
  • minerais
  • phosphates
  • ciment
  • hydrocarbures

Les produits pétroliers seuls représentent environ 21 % des exportations.

Ce modèle reflète une forte dépendance aux ressources industrielles lourdes, tandis que la transformation locale reste encore sous-représentée dans les flux internationaux.

Le principal blocage intervient après la production

Les analyses économiques montrent que les entrepreneures sénégalaises rencontrent principalement :

  • des difficultés d’accès au crédit
  • un accès limité aux équipements productifs
  • des contraintes fiscales et administratives
  • des difficultés à atteindre les normes formelles
  • des obstacles logistiques et commerciaux

Ces facteurs limitent directement la capacité de nombreuses entreprises féminines à franchir le passage du marché local au marché international.

Le paradoxe économique de l’entrepreneuriat féminin

Le Sénégal possède déjà :

✔ des milliers d’unités agroalimentaires dirigées par des femmes
✔ une présence féminine massive dans le commerce
✔ une contribution majeure à l’économie informelle
✔ une forte présence dans l’agriculture, la pêche et la transformation

Mais ces activités restent majoritairement :

  • de petite taille
  • peu capitalisées
  • faiblement industrialisées
  • peu intégrées aux circuits export

Le potentiel féminin n’est donc pas à créer. Il est à structurer.

5 CHIFFRES QUI CHANGENT LA LECTURE DE L’ÉCONOMIE FÉMININE

61,9 % des unités informelles non agricoles sont détenues par des femmes

45,3 % de la richesse du secteur informel non agricole est créée par elles

1 222 milliards FCFA : valeur ajoutée générée par ces entreprises

24,5 % : part de la richesse créée par les entreprises féminines dans le secteur formel

plus de 84 % de leur valeur ajoutée vient du commerce et de l’agro-transformation

Une question désormais économique

La question n’est plus de savoir si les femmes participent à l’économie sénégalaise.

Elles y contribuent déjà massivement.

L’enjeu est désormais différent :

combien d’entreprises féminines pourront accéder aux standards de production, de financement et de certification nécessaires pour intégrer durablement les circuits export ?

Car derrière chaque unité productive locale dirigée par une femme peut se trouver :

  • une future PME exportatrice,
  • une marque Made in Senegal,
  • un futur marché international.

Les femmes ne représentent pas seulement une part importante de la population.

Elles représentent déjà une part majeure de la production nationale.

La prochaine étape consiste à connecter cette production au commerce international.

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