Anacarde : le Sénégal veut capter davantage de valeur ajoutée

118 914 tonnes de noix brutes exportées pour 92 milliards de francs CFA en 2025, mais moins de 3 % de transformation locale. Le Sénégal veut désormais faire évoluer son modèle dans la filière anacarde, avec un objectif de 30 % de transformation locale au cours des cinq prochaines années.

Publié le 15 septembre 2026  

Une filière qui exporte beaucoup, mais transforme encore peu

La filière anacarde occupe une place importante dans l’économie agricole du sud du Sénégal, mais une grande partie de sa valeur quitte encore le pays sous forme de matière première.

Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, le Sénégal a exporté 118 914 tonnes de noix brutes de cajou au titre de la campagne de commercialisation 2025, pour des recettes d’exportation estimées à 92 milliards de francs CFA.
Dans le même temps, le taux de transformation locale reste inférieur à 3 %.

Autrement dit, l’essentiel de la production destinée à l’exportation est encore commercialisé sans transformation industrielle significative sur le territoire national.
Cette situation constitue à la fois une limite et une opportunité.

Transformer davantage l’anacarde au Sénégal permettrait de conserver une part plus importante de la valeur créée par la filière, tout en développant de nouvelles activités industrielles autour de la production agricole. Le gouvernement s’est ainsi fixé un objectif de 30 % de transformation locale au cours des cinq prochaines années.

SEPT

De la noix brute au produit transformé

La transformation de l’anacarde peut créer plusieurs niveaux de valeur ajoutée : décorticage, séchage, conditionnement, tri, transformation en amandes prêtes à la consommation, puis développement de produits à plus forte valeur ajoutée.

Cette évolution peut également entraîner le développement d’activités connexes : emballage, stockage, logistique, contrôle qualité, maintenance industrielle, commercialisation et services aux entreprises.

Pour le Sénégal, l’intérêt est donc double. Il s’agit d’augmenter la valeur tirée de la production nationale tout en créant un tissu industriel capable de répondre aux marchés locaux et internationaux.

Adéane, un outil pour changer d’échelle

Le parc agro-industriel d’Adéane, dans la région de Ziguinchor, doit notamment fournir aux entreprises les infrastructures nécessaires pour développer des activités de transformation.
Le parc s’étend sur 85 hectares, dont 40 hectares sont actuellement aménagés. Il dispose notamment de hangars de stockage, d’infrastructures logistiques, de chambres froides d’une capacité totale de 1 500 tonnes et d’un centre d’excellence.

Le site comprend également des espaces destinés à accueillir des unités privées de transformation. L’objectif est de créer un environnement permettant aux investisseurs de s’implanter dans de meilleures conditions et de rapprocher les activités industrielles des zones de production.

En juin 2026, le gouvernement a ainsi lancé un appel aux investisseurs privés pour accélérer l’installation d’entreprises dans le parc agro-industriel d’Adéane.
Les premiers projets identifiés montrent déjà un intérêt pour ces infrastructures. À l’échelle des parcs agro-industriels d’Adéane, Mbellacadiao et Kolda, les dossiers recensés représentaient un potentiel d’environ 24,5 milliards de francs CFA d’investissements privés et près de 1 722 emplois.

Une transformation qui devra aussi partir de la production

Le développement industriel ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les infrastructures.

La filière doit également améliorer sa capacité de production, la qualité des noix, la productivité des vergers et l’organisation des acteurs. Le renouvellement des plantations, l’amélioration des techniques de production, l’accès au financement et la professionnalisation de la transformation constituent autant de conditions nécessaires pour alimenter durablement les futures unités industrielles.

C’est tout l’enjeu du changement de modèle engagé par les autorités : disposer à la fois d’une matière première suffisamment importante et régulière, d’unités industrielles compétitives et de débouchés capables d’absorber des produits transformés.

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