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Mouhamadou Lamine Diawara : le visionnaire du Bio

Ancien chargé de Programme à Enda Tiers-Monde pour la prévention de la délinquance juvénile dans plusieurs quartiers pauvres de la région de Dakar et ancien professeur de français, Mouhamadou Lamine Diawara a vu sa vie basculer au moment de la retraite. Toujours Commissaire Général de l’Association des Eclaireuses et Eclaireurs du Sénégal, il est président de l’Association Oasis Grow Biointensive qui court sur 5.000 m² et le directeur du Centre Fankanta d’Agro Ecologie à Keur Massar. Deux hauts lieux du bio. De ses ateliers de perfectionnement au Kénya et Usa à sa ferme De Keur Massar, entretien avec un homme « calme, discret » mais persévérant quant à sa vision du bio, persévérance qui l’a conduit à l’ambitieux : « Programme Ouest-Africain de Production Alimentaire ».

Partagez cette page Publié le 2 octobre 2017 | 0 commentaire

Genèse

Pouvez-vous nous relater les origines du centre Oasis Grow Biointensive ?

J’avais prévu, à ma retraite, de m’investir en agriculture pour nourrir sa famille. Tout ce que je savais, à ce moment-là, était l’agriculture naturelle hivernale, basée sur l’utilisation de l’humus et du fumier organique. En 2006, j’ai eu connaissance de l’agriculture Grow Biointensive, un système agricole à petite échelle durable, écologique et qui peut atteindre des rendements élevés de nourriture tout en utilisant beaucoup moins de ressources,- y compris l’eau - que l’agriculture conventionnelle. Par la suite, j’ai participé à deux ateliers au Kenya pour développer mes connaissances et compétences dans l’utilisation de la méthode. Une fois que j’ai su comment la méthode Grow Biointensive fonctionnait, j’étais convaincu de ses avantages et savais que je devrais non seulement l’adopter pour moi-même, mais que je devrais également faire partie du processus de propagation du système parmi les petits agriculteurs, les jardiniers au Sénégal et le reste de l’Afrique de l’Ouest. Pour réaliser cet objectif, en 2012, je fus stagiaire pendant six mois à Ecology Action, une organisation à but non lucratif en Californie et qui fait de la recherche, développe et affine le système agricole durable Grow Biointensive depuis plus de 45 ans. De retour à Dakar, avec une vingtaine de personnes, nous avons créé l’Association OASIS GROW BIOINTENSIVE (OGB), pour la santé du sol, des plantes et des personnes.

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formation des femmes à l’agriculture bio-sénégal

Quelles activités y développez-vous ?

Nous faisons du maraîchage bio, de l’arboriculture et de l’élevage de poulets. L’Association OGB a un Centre de Formation, de recherche et de démonstration. Ce centre d’agro écologie s’appelle FANKANTA (signifiant, en mandingue, prévoir, se préparer pour l’avenir.)

Êtes-vous seul aux commandes ? Qui sont les membres de votre équipe ?

Sur le terrain, les principaux acteurs sont mon épouse et moi-même. Nous avons un ouvrier agricole et, quand nous avons des stagiaires, ils participent aux travaux de routine durant leur formation.

Quelles formations en ce sens avez-vous suivi ?

Une initiation à la méthode bio intensive, au Kenya, a Kitale, au Manor House, en 2010. Une initiation à la production et conservation des semences à Thika, au Kenya en 2010. Un approfondissement - stage de six mois - aux Etats –Unis dans l’Etat de Californie, dans la ville de Willits.

Comment et dans quel cadre avez-vous eu à bénéficier de bourses d’étude ?

La première formation fut sponsorisée par le Bureau Régional Africain du Scoutisme. La deuxième et la troisième par un Scout Américain qui a facilité la mise en rapport avec une organisation américaine de coopération, avec l’appui du Centre de Formation qui nous a reçus.

Exemples du Kenya et des Usa

De par ce dont vous avez été témoin lors de vos voyages, où en est le Kenya quant à la démarche bio ? Celle-ci est-elle plus vulgarisée qu’au Sénégal ?
Le Kenya est très, très avancé en la matière, avec plus de 28.000 jardiniers, agriculteurs (hommes et femmes) formés. Nous [au Sénégal] en sommes à nos débuts seulement avec seulement 213 initiés à Mbour, Diourbel, Diofior, Kolda, Fiméla, Mboro (seule localité encore opérationnelle), les autres ayant des problèmes soit d’approvisionnement en eau ou de salinité.

Au Kenya, avez-vous noté une volonté politique favorisant l’essor du bio et accompagnant les initiatives du genre ?
Non, pas de volonté politique réelle. Ce sont des organisations qui s’investissent dans le bio et organisent des marches pour faire la promotion du bio.

Comment s’y déroulaient les cours ?

Pour chaque thème, un professeur /formateur fait un exposé introductif magistral suivi de travaux pratiques.

Les USA où vous avez également étudié ?

Aux USA, c’était dans l’Etat de Californie, dans la ville de Willits. L‘Institution s’appelle EA (Ecology Action). Pendant, six mois, chaque Lundi était réservé aux cours magistraux. Tout le reste de la semaine était consacré à la pratique.

Vous œuvrez dans le bio intensif. Quelles différences notables existe t-il entre « bio » et « bio intensif » ?
Les superficies sont réduites en bio intensif. D’une part le goût des produits est différent et meilleur selon les consommateurs dont les propos nous sont rapportés par leurs clients ; de l’autre, par les familles auxquelles nous avions donné des produits pour tester la qualité, le goût et la durée de conservation au frigo et à l’air libre [sont meilleurs]. Nous utilisons moins d’eau et beaucoup de compost renforcé par du fumier organique. Le traitement phytosanitaire se fait par des infusions de nime, moringa et des feuilles de l’arbre à soie. Nous-mêmes, nous (en famille) avons noté et apprécié le gout et la qualité, en comparaison de ce que nous consommions avant la production bio et qui était sur le marché.

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poulailler bio-Association Oasis Grow Biointensive-Sénégal

Produits bios : produits goûteux

Quelle est l’alimentation d’un poulet bio ? Qu’est ce qui, dans son élevage, diffère du fameux poulet de chair ?
Si ce sont les poulets du pays, des insectes, des vers de terre, des grains (mais, mil, sorgho) exclusivement. Avec les poulets de chair, nous les nourrissons pendant deux semaines avec des aliments de l’industrie ; après, ils sont traités comme les poulets du pays. Cela prend 2 à mois pour la maturation des sujets. Ils sont moins gras.

Au goût et les yeux fermés, pourriez-vous différencier un poulet bio d’un poulet non bio ?
Absolument : la texture de la chair et la saveur sont perceptibles au goût.

Qui sont vos principaux clients : établissements ou des particuliers ?

Des Banabanas - hommes et femmes - qui revendent au détail, au marché.

En agriculture, quels produit cultivez et commercialisez vous ?

Des légumes : tomate, laitue, gombo, oignon vert, différentes variétés de menthe, basilic, navet, poreau, betterave, etc, selon la saison. Les oiseaux granivores nous ont dissuadés de faire des céréales. Les écureuils nous ont découragés pour certains tubercules.

En dehors de l’agriculture et l’élevage, le centre délivre des modules d’enseignement. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
Nous formons des stagiaires aux huit modules de la méthode : préparation profonde du sol, fabrication du compost, plantation serrée, culture du carbone, culture des calories, production de semences naturelles, plantes affines et création d’un écosystème équilibré dans le jardin/champ. Pour cela, la superficie de 400² doit être cultivée ainsi : 60% de céréales, 30% en tubercules et 10% en légumes.

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initiation à l’agriculture bio-centre Fankanta-Sénégal

Ayant vous même été initié au bio, est ce tout naturellement que vous avez ressenti le besoin de transmettre ce savoir ?
J’étais convaincu de ses avantages et savais que je devrais non seulement l’adopter pour moi-même, mais que je devrais également faire partie du processus de propagation du système parmi les petits agriculteurs, les jardiniers au Sénégal et le reste de l’Afrique de l’Ouest. Pour réaliser cet objectif, en 2012 je fus stagiaire pendant six mois, à Ecology Action, une organisation à but non lucratif en Californie... [Besoin de transmettre] principalement pour les raisons suivantes : à cause des changements climatiques, il n’y a plus assez de cultivateurs alors que la croissance démographique est très rapide. Les terres arables sont en train d’être morcelées et vendues pour [en faire] des habitations.

Enseignement et Club Environnement

Pourquoi ne pas démarcher écoles et lycées afin de proposer des classes-découvertes ?
Nous avions essayé dans deux écoles primaires pour commencer une phase pilote ; cela n’a pas été concluant car le directeur de l’école primaire urbaine n’était pas intéressé. Le directeur de l’école de la zone rurale était seul intéressé et a autorisé la mise en œuvre et y prenait part lui-même. Toutefois, il croyait tout comme le personnel que nous allions travailler pour eux. Or, notre vocation est de former pour vulgariser la méthode. A la différence de ces deux établissements, le Proviseur du Lycée Sergent Malamine Camara est très positif. En effet, il a affecté un espace au Club Environnement dudit établissement et nous y intervenons depuis 4 ans.

Dans un sens plus large, pourquoi tous les acteurs du bio réunis au sein d’une association et représentés par un porte- parole, ne démarcheraient pas le ministère de l’agriculture afin de nouer un partenariat en ce sens : faire intervenir des agents du bio au sein des écoles afin d’initier très tôt les élèves au respect de la terre, etc. ?
Il existe une coordination entre différents acteurs intervenant dans le bio mais elle est encore timide du point de vue de la mobilisation sociale. Elle est tout de même dynamique dans l’organisation de marchés tournants de promotion du bio. C’est plutôt le Ministère de l’Education Nationale qu’il faut approcher par l’intermédiaire des Inspections d’Académie. Et nous les acteurs du bio, nous conduirons les initiations.

« De toute façon, nous serons obligés de retourner à la terre car l’agriculture, l’élevage et la pêche sont les leviers du développement et de la production de richesse ».

A la lumière de la malbouffe et autres dérives alimentaires dommageables pour la santé, initier les jeunes au bio ne relève t’il pas d’une démarche primordiale relevant de la santé publique ?
L’environnement social, la mentalité générale, l’influence de la publicité et de l’école, la non-existence de solutions alternatives, le vedettariat, la recherche de la facilité, l’empressement à se « réaliser », expliquent tout ce que vous avez évoqué plus haut pour introduire votre question. Or, le travail de la terre pour la production demande patience, soins méticuleux aux plantes, présence constante car il s’agit d’un mûrissement. De toute façon, nous serons obligés de retourner à la terre car l’agriculture, l’élevage et la pêche sont les leviers du développement et de la production de richesse.

Pouvez-vous nous parler de vos activités en rapport avec l’environnement ?

En résumé, nous promouvons la biodiversité. Aujourd’hui, ce que nous faisons milite en faveur de la lutte contre le changement climatique.

Dans quel domaine œuvrez-vous avant de partir à la retraite ?

Professeur de français de formation, chargé de programme à Enda Tiers-Monde, chargé de programme dans une Association d’ornithologie, Directeur du Centre Opérationnel du Bureau Africain Régional du l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout, formateur dans l’Association des Eclaireuses et Eclaireurs du Sénégal.

La masse de travail dont vous avez la charge actuellement n’est-elle pas plus importante que lors votre période dite « active » ?
Absolument, plus importante.

Programme Ouest-Africain de Production Alimentaire 

Y a-t-il des jours où vous regrettez d’avoir pris la décision de créer ce centre ?

Non. Pas du tout. Au contraire, car le défi est de le développer davantage en trouvant une clôture et de quoi améliorer le système d’arrosage. Il s’agit d’en faire un Centre Pilote pour de futurs centres satellites dans les Régions du Sénégal avant de nous étendre en Afrique de l’Ouest. En effet, notre projet –utopique peut-être, est le suivant : « PROGRAMME OUEST-AFRICAIN DE PRODUCTION ALIMENTAIRE. »

Comment se sent-on lorsque l’on voit ses idées se réaliser et s’installer sur la durée ? Un sentiment d’accomplissement ?
Du réconfort et de la confiance. Le sentiment d’accomplissement sous-tend toujours la progression.

Enfin, M. Diawara, êtes-vous un homme heureux ?
Heureux ? Oui ! En effet, chercher à rendre heureux les autres, à contribuer à l’éducation des jeunes, a la création d’emplois, à l’amélioration des conditions de vie de certaines populations et à la promotion de la santé communautaire sont autant de facteurs contribuant à ce sentiment.

Contact :
Association des Éclaireuses et Éclaireurs du Sénégal (EEDS)
Tél :+221 33 821 73 67
E-mail : eeds-siege@orange.sn
Téléphone : +221/77 400 44 45

Irène Idrisse

  • Mouhamed lamine Diawara-fondateur centre Fankanta-Sénégal
  • banane bio-sénégal

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