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Idrissa Traoré : faire de l’élevage bio est possible au Sénégal

Entrepreneur, agriculteur, éleveur, et s’exprimant dans un français de haute facture, Idrissa Traoré fait partie de cette génération jeune et brillante prônant un retour à la terre intelligent et conscient. Rencontre avec un leader.

Partagez cette page Publié le 7 août 2017 | 3 commentaires

Qui êtes-vous ?
Je me nomme Idrissa Traore, je suis de la commune de Bakel, dans le Département de Bakel. Je suis étudiant en conduite et gestion des exploitations agricoles et à la tête d’une entreprise qui s’appelle Bakel Agro Innov (BAI).

Comment vous qualifieriez vous en un seul mot ?
Persévérant !

Pouvez-vous nous brosser votre parcours ?
Après une formation en entrepreneuriat lors de la semaine Nationale de la jeunesse 2014 j’ai alors commencé à élaborer mon Business plan et chercher un financement pour lancer mon affaire. Après plusieurs tentatives, je suis retourné au bercail pour voir ce qu’il était possible de faire avec les 7 ha de terre cultivable dont disposait ma famille, sur la rive gauche du fleuve Sénégal. C’est de là qu’est partie Bakel Agro Innov.

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Idrissa diallo, agriculteur bio, Sénégal

Comment en êtes vous venu au bio ?
On va plutôt parler d’agro-écologie parce que jusque-là nous n’avons pas une certification Bio au Sénégal. Même s’il y a des structures comme ENDA Pronat, AGRECOL, ASPAB… qui tentent de combler ce vide. Il y a aussi la fédération nationale pour l’agriculture biologique qui a lancé un appel d’offre pour la conception d’un label « BIO SENEGAL ».

Nous installons une ferme avec plusieurs sections : maraichage, arboriculture, embouche ovine et bovine, apiculture, aviculture, aquaculture …

Qu’est ce que l’agro-écologie ?
L’agro-écologie est une façon de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Elle les amplifie tout en visant à préserver les ressources naturelles et diminuer les pressions sur l’environnement, ex : réduire les émissions de gaz à effet de serre, limiter le recours aux produits phytosanitaires. Il s’agit d’utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement.… J’ai décidé de m’investir dans l’agro-écologie à travers Bakel Agro Innov suite à mon expérience associative avec l’association Bakel Ville verte, l’association des amis de la nature, l’association des éclaireuses et éclaireurs du Sénégal… Toutes ces associations œuvrent dans la sensibilisation, l’éducation relative à l’environnement et le reboisement. Après toutes ces années à œuvrer pour la préservation de l’environnement, c’est tout naturellement que Bakel Agro Innov s’est inscrit dans cette dynamique.

Quels sont vos domaines d’activité ?
Nous sommes dans l’agriculture, au sens large. Nous avons une ferme avec plusieurs sections : maraichage, arboriculture, embouche ovine et bovine, apiculture, aviculture, aquaculture et un volet transformation. Dans les années à venir, nous compter évoluer vers la formation professionnelle et l’incubation pour palier à l’absence de structures de formation adaptées aux ressources locales, afin d’accompagner le développement de l’entrepreneuriat agricole.

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agriculture bio Sénégal

Pourquoi le un si large choix dans vos activités ?

Nous souhaitons combiner ces différentes activités pour d’abord expérimenter les interrelations qu’il peut y avoir entre ses différentes activités. Par exemple, l’élevage des poulets permettra de nourrir les poissons par le procédé de fertilisation des étangs et de faire un apport d’engrais biologiques pour les cultures réalisées, permettant ainsi de diminuer l’utilisation d’intrants (provend et engrais chimiques) et donc de réduire les coûts de production de toutes les activités de la ferme (pisciculture, maraichage…). En second lieu, nous voudrions disposer de sites d’expérimentation pour asseoir les activités pratiques de l’institut de formation aux métiers de l’agriculture que nous souhaitons mettre en place après l’installation de la ferme.

Cela ne fait-il pas beaucoup de fronts ?

Oui, cela peut paraitre beaucoup mais si on a l’équipe qu’il faut, l’organisation qu’il faut, cela allège fortement le travail. L’idée derrière c’est de montrer les interrelations qu’il peut y avoir entre ces différentes activités. Cette année nous avons démarré un processus qui va nous permettre de doter l’entreprise d’un personnel qualifié pour chaque secteur. On a un jeune qui vient de terminer sa formation en agriculture bio-intensive. 3 autres jeunes vont démarrer à partir du mois de septembre, une formation de techniciens en apiculture et en aviculture et moi en tant que coordonnateur, je suis une formation en conduite et gestion des exploitations agricoles. Donc nous déroulons doucement mais surement !

Rien ne se perd, tout se transforme et la nature s’en porte bien

Comment se déroulent ces différentes activités ? Pouvez-vous nous en dire plus sur chacune d’entre elles ?
A ce stade, nous n’avons lancé que trois activités que sont l’arboriculture, le maraichage et l’embouche. Nous faisons du maraichage sur une superficie de 2,5 ha associés à de l’arboriculture : arbres fruitiers, moringa. Les couloirs constitués par ces arbres nous aident à lutter contre les vents chauds et secs qui circulent pendant une grande partie de l’année et à préserver les cultures de certaines attaques et aussi limiter les pertes d’eau. Les grandes cultures permettent d’approvisionner l’embouche en fourrage et grains, en retour l’embouche fournit de l’engrais ou fumier organique associé à du compost ; cela permet d’atténuer les dépenses au sein de l’exploitation. Rien ne se perd, tout se transforme et la nature s’en porte bien. Il faut aussi noter que chaque secteur dispose d’une autonomie dans le fonctionnement, conduit par un technicien formé au cœur du métier.

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chapmp bio Sénégal

Le réchauffement climatique influe-t-il sur votre activité ?

Situés dans une zone sahélo-saharienne, nous subissons de plein fouet les impacts des variations climatiques… Il pleut de moins en moins et les vents chauds et secs circulent pendant une grande partie de l’année d’où la nécessité de s’adapter. Au sein de l’exploitation, les techniques culturales mises en œuvre intègrent l’équilibre de l’écosystème comme partie intégrante des stratégies de production. Conservation des ressources comme le sol, à travers diverses techniques, et le recyclage, sont au cœur de nos actions. Dans le futur, la production d’énergie pourra se faire par des panneaux photovoltaïques, par l’installation d’éoliennes ou la production d’agro-carburants. La technique de méthanisation nous parait aussi très intéressante. Il s’agit d’un processus biologique naturel qui se produit dans les marais, les rizières, ou lors de la digestion des ruminants. Elle est aujourd’hui utilisée pour la gestion des déchets organiques susceptibles de subir une fermentation naturelle : papiers, déchets ménagers, déchets agricoles.

Quelles sont les contraintes liées à l’élevage bio ?
Les principales contraintes sont :
• Certains traitements naturels moins immédiats, comparativement aux produits chimiques de synthèse mais avantageux à moyen et long termes.
• Besoins éventuellement plus importants en main d’œuvre pour certaines opérations
• Valorisation de la qualité du produit parfois limitée au pouvoir d’achat des consommateurs

Avantages ?
Les fermes biologiques ont l’avantage de fournir aux animaux des conditions de vie plus respectueuses du bien-être animal et aux consommateurs, des produits plus sains et plus nutritifs.
Il aide à la préservation des sols et atténue la production de gaz à effet de serre.

L’élevage bio revient-il cher à l’éleveur ?

L’élevage bio est quelque part moins cher mais il demande du temps pour l’entretien rapproché des animaux et tous les intrants se trouvent gratuitement dans la nature.

Les différences majeures entre les deux types d’élevage : bio et classique ?

La différence se trouve principalement dans :
1. Le choix des animaux,
2. Les aliments qui leur sont fournis
3. L’accès au parcours (endroit où les vaches vont se promener)
4. La réglementation des produits de synthèse dans les soins

« En élevage biologique, la santé des animaux doit être fondée principalement sur la prévention »

Afin d’éviter les épizooties, l’élevage bio a-t-il recours aux vaccins obligatoires tout comme l’élevage non bio ?
En élevage biologique, la santé des animaux doit être fondée principalement sur la prévention, grâce à différentes mesures : sélection appropriée des races, alimentation équilibrée et de qualité, densité d’élevage, logement des animaux et pratiques d’élevages favorables. Néanmoins, si les mesures préventives s’avèrent inefficaces, les maladies sont traitées immédiatement pour éviter toute souffrance à l’animal. L’utilisation de médicaments allopathiques chimiques de synthèse ne peut se faire qu’à titre curatif et non préventif. Il est préférable d’utiliser les produits phytothérapiques, homéopathiques, les oligo-éléments.

Existe-t-il une police du bio ?

Malheureusement Non !

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produits bio Sénégal

Parlez nous de votre clientèle.

Le marché est surtout constitué d’étrangers ou de Sénégalais qui connaissent l’existence de cette filière, qui sont plus regardant de ce qu’il y a dans leurs assiettes. A ce jour, nos clients sont essentiellement des particuliers.

Les éleveurs bios sont-ils regroupés au sein d’une association ?

Il existe la fédération nationale pour l’agriculture biologique mais l’élevage bio n’est pas encore assez bien pris en compte.

Existe-t-il des initiatives gouvernementales visant à accompagner l’élevage en général, bio en particulier ?
L’Etat accompagne le développement de l’élevage à travers un programme comme le FONSTAB logé à la direction de l’élevage.

Par quel organisme avez-vous été aidé, si aide il y a eu ?

Jusque-là, la seule subvention dont nous avons bénéficié provient de l’ambassade de France à travers le forum jeunesse Sénégal qu’ils ont organisé l’année dernière. Un appel à projet à laquelle 487 jeunes porteurs de projet ont répondu et notre projet a figuré parmi les 3 lauréats.

Selon vous, les Sénégalais comprennent-ils la démarche de l’élevage bio au lieu de l’élevage classique ?
Malheureusement non ! Car beaucoup pensent que le bio s’applique au sous-secteur de l’agriculture, les autres sous-secteurs comme l’apiculture, l’élevage, l’aviculture… ne sont pas concernés.

Croyez-vous les gens suffisamment sensibilisés au bio ?

Le bio reste très peu vulgarisé. Même si les producteurs ont conscience de la nécessité de s’adapter, il n’y a pas encore à mon avis, de structure assez forte pour prendre en charge cette transition.

Enfin le bio pour vous c’est ?

Une façon de produire une alimentation saine dans les meilleures conditions environnementales. C’est ce qu’on pourrait appeler une agriculture de conservation, protégeant le sol de l’érosion et de toutes formes de dégradation. Le bio se réfère à une approche globale tendant à réduire l’utilisation d’intrants externes à l’exploitation, à gérer au mieux les ressources naturelles en utilisant les régulations naturelles.

Contact :
https://www.facebook.com/Bakel-Agro...

Irène Idrisse

Messages

  • ml

    Mon cher frère Idrissa de l’ancien Soudan-Français, en prélude toutes mes félicitations pour cette initiative salvatrice et prometteuse.Je suis malien et j’évolue dans le secteur agricole aussi. Agroéconomiste de formation niveau licence et en cours de formation en master I je vous exhorte à y persévérer plus, je vous assure que votre avenir est radieux..Bonne chance et bon vent pour la suite..

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  • be

    félicitations persévéré dans cette démarche bio, je vous encourage ...

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  • sn

    De tout coeur avec toi frère nous t’encourageons et esperons que tu serviras d’exemple pour que les gens puissent suivrent

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